La reconstruction après la tempête Deux semaines après le match opposant la Suisse sur le terrain turque les émotions se sont apaisées. De part et d’autre on essaye de recoller les morceaux aussi bien dans les médias que du côté des officiels. Car de la casse il y en avait. L’arrivée des Suisses dans ce pays d’habitude si accueillant s’est distinguée par une série de dérapages. Attente de plusieurs heures à l’aéroport, insultes, jets d’oeufs contre le bus et vacarme constant devant l’hôtel furent les principaux moyens psychologiques pour ennuyer les Suisse avant le match. Après, ce fut encore pire avec des altercations entre les joueurs et le service de sécurité… Le rôle des médias ne fut pas anodin dans cette escalation qui a entraînée des blessés dans les deux rangs. Ainsi les journaux turques relataient un mauvais traitement similaire vis a vis des joueurs du Bospore lors du premier match, contribuant à l’accueil peu chaleureux des Suisses. Ce “mauvais traitement” n’existait manifestement pas. Les officiels turcs se montraient étonnés du bon déroulement et du manque d’embrouilles pendant leur passage en territoire helvète. Des journaux suisses, pas vraiment très grand dans la victoire, n’ont pas manqué leur chance d’insulter les turques avec des articles contenant des blagues plutôt douteuses (comme le talent des turques à faire briller les voitures suisses) qui apparemment n’avait pas échappé aux médias turques. Entre-temps, après la première vague d’indignations dans les médias turques traitant les suisses et les référés de tous les maux, il est temps de faire le ménage. Sur le plan sportif on vise du doigt les fautes commises dans les propres rangs et on félicite les Suisses d’avoir clairement fait leurs devoirs avant cette rencontre décisive. Plus question de match volé avec l’aide des hommes en noir ou de malchance. On a vu d’un mauvais oeil les photos prouvant le débordement ayant commencé par le croche-pied de l’entraîneur assistant Oezdilek qui a provoqué la riposte de Huggel. Rapidement la fédération turque a licencié Oezdilek, connu et respecté en Turquie pour son dévouement dans le sport de la jeunesse. Fatih Terim jusqu’alors considéré comme un héros national a perdu beaucoup de son prestige. Mauvais perdant il a fait très peu pour calmer le jeu, cette prestation antipathique liée au déshonneur sportif lui coûtera probablement son job de sélectionneur national. D’après le NZZ, la presse turque évoque aussi des implications plus graves. Ainsi 2 hommes de la mafia turque auraient été infiltrés pour envenimer la situation moyennant des pass de la part de Davut Disli, membre du comité de la fédération de football. Ces casseurs notoires sont aussi soupçonnés d’avoir passé à tabac le gardien de but Recber il y a 6 ans. Disli dément ses accusations, qui le mettent en relation avec le crime organisé, mais son renvoi est pratiquement certain, puisqu’il a été l’un des principaux instigateurs des débordements contre la Suisse. Alpay et Huggel tous les deux évoluant dans la Bundesliga sont attendus pour des prises de positions envers la FIFA. Elle tranchera avant le 9 décembre du sort des joueurs et de la sanction envers le football turc qui espère éviter le pire: l’exclusion de la Turquie de la coupe du monde en Afrique du sud en 2010. Ce cas de figure extrême n’est pas impossible. La réputation internationale est entachée de rapports défavorables en série; nombreux sont les clubs étrangers qui se plaignent lors des déplacements pour les coupes européennes et les rapports des arbitres ne les disculperont pas. Le traitement que subissent les joueurs et l’atmosphère pleine de haine qui règne dans les stades sont un problème tout à fait banalisé dans le championnat national ou les jets d’objets et les insultes est légion. Halil Altintop, qui vit depuis son enfance en Allemagne, a excusé ses compatriotes qui selon lui ont une mentalité différente des occidentaux, ainsi ils sont bien plus émotionnels quand ils perdent sans parler de leur conception de l’honneur particulière. En attendant, les joueurs sur le terrain ainsi que les acteurs autour ont certainement raté une occasion d’utiliser cet événement culturel pour rapprocher nos deux pays. La FIFA à travers ses efforts pour promouvoir le fair-play et la tolérance semble livrer une bataille perdue. En voulant empêcher l’hymne nationale avant les matchs même le président Sepp Blatter montre que le sport à haut niveau crée plus de nationalisme qu’il n’en défait.
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