Expérience de la durée à Lyon
Expérience de la durée, tel est le titre de la 8ème biennale d’art contemporain de Lyon. Parlant de durée, vous pouvez vous rendre à cette manifestation jusqu’au 31 décembre prochain. Le travail de quelque soixante artistes internationaux a été réparti sur 5 sites : le Rectangle, la Sucrière, le Musée d’art contemporain, l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne et le Fort Saint-Jean.
Virginie Burion
Avant de vous donner quels ont été les points forts que j’ai noté lors de cette visite, quelques mots sur sa thématique : Expérience de la durée. Dans l’édition spéciale de artpress, un des deux commissaires de cette biennale, Nicolas Bourriaud, dit à Damien Sausset que, si « cette biennale prend le temps pour point de départ, […] il ne s’agit en aucun cas d’une exposition thématique [mais] plutôt d’un parcours à partir duquel s’articulent différentes problématiques». Il est surtout question de travailler sur le temps, dans le sens où les artistes exposants sont aussi bien issus des années 1960 que d’aujourd’hui. Bourriaud ajoute : « En confrontant des artistes de différentes générations, nous avons voulu utiliser l’énergie et les motifs de la fin des années 1960 pour éclairer le présent».
Sachant cela, lançons-nous donc dans cette 8ème biennale lyonnaise. J’ai visité, en premier lieu, le Rectangle. Un seul artiste, Wim Delvoye, y est exposé. Le site est petit, il ne comporte que trois salles de taille moyenne. Dans la première, l’artiste nous dévoile sa collection de 4000 étiquettes de La vache qui rit provenant du monde entier. Nous avons ensuite affaire à 11 peaux de cochons tatouées et mises sous verre. Pour finir, dans la troisième pièce, se trouvent trois écrans sur lesquels est projeté un film de ces cochons dans leur ferme.
Après cette originale intrusion entre vaches et cochons, je me suis dirigée au bord du Rhône afin de prendre la navette fluviale direction : la Sucrière. Trente minutes sur l’eau et me voici devant l’imposant bâtiment de trois étages. Sur les 7000 m2 d’exposition est réunie plus de la moitié des artistes. Étant donné l’ampleur de la chose, je ne vais vous parler que des œuvres qui m’ont le plus marquées. La première est une salle verte, remplie d’un épais brouillard dans lequel il faut se diriger tant bien que mal, sans heurter qui que ce soit, dans le but d’accéder à la sortie. Nous devons cette œuvre sensorielle à Ann Veronica Jansens. Claustrophobes, s’abstenir ! Dans le même genre, j’aurais voulu essayer la salle remplie de ballon de baudruche roses, de Martin Creed. Cette œuvre doit également être traversée pour arriver à la sortie. Mais la file d’attente interminable à l’entrée de celle-ci m’en a dissuadé… Au fil des salles s’enchaînent des photos, tableaux, vidéos et installations aussi bien ludiques que surprenantes, intrigantes, drôles ou même dérangeantes. Au second étage se trouve une série de photos de John Miller. En rapport avec la problématique du temps, il a, depuis 1994, fait une photo chaque jour, entre 12 heures et 14 heures, quel que soit l’endroit où il se trouve. L’intégralité de ces photos n’est pas visible. Cependant, il y en a un nombre conséquent qui permet de se rendre compte de ce que l’artiste voulait montrer. Ceci est précisément la suspension des activités et du temps durant cette période de la journée.
Ayant passé beaucoup de temps à la Sucrière, à la sortie de celle-ci, il était trop tard pour aller au Fort Saint-Jean comme je l’avais prévu. J’ai alors décidé d’abandonner cette idée ne pouvant donc pas vous parler de ce site.
Le lendemain, je me suis rendue au Musée d’art contemporain. Seuls sept artistes y sont présentés. Par conséquent, chacun a une grande surface à disposition pour déployer pleinement son travail. Daniel Buren occupe l’intégralité du deuxième étage. Il a mis en place de grands panneaux de plexiglas verts, bleus, jaunes et roses. D’autres sont décorés de grandes lignes blanches verticales. Et au fond de la salle se trouvent des échafaudages. La lumière du soleil passe à travers ces panneaux et, se déplaçant sans cesse, elle fait que l’œuvre est en perpétuelle mutation. De part ses couleurs, sa luminosité et sa grande superficie, cette salle est agréablement calme voire apaisante. Autre installation d’une certaine envergure : celle de Brian Eno. Nous entrons dans une pièce sombre où se trouve un mobile composé de quatre carrés de grandeur croissante sur lesquels les lumières de plusieurs spots se meuvent. Eno y ajoute une calme mélodie ainsi que deus bustes au sol éclairés d’une lumière blanche. Il est plaisant de rester quelques minutes devant cette œuvre et d’y observer le mobile bouger et changer de couleur avec beaucoup d’esthétisme.
Pour clore cette de la biennale, je me suis arrêtée à Villeurbanne. Les ouvrages d’une quinzaine d’artistes sont présentés à l’institut d’art contemporain. La visite débute par une vidéo de Yoko Ono. Il s’agit d’un film de cinquante et une minutes intitulé Smile n5. On y voit un plan fixe sur le visage de John Lennon qui garde la même expression durant tout le film excepté deux secondes, seulement, où il sourit. Quelques salles plus loin, se trouvent des dizaines de petites aquarelles encadrées. Ceci est le travail de Bruno Peinado qui est aussi présent à la Sucrière avec son Gris du ciel. Ses aquarelles semblent être des essais, des ébauches d’idées, ce qui rend leur exposition au spectateur comme une sorte d’immersion dans l’activité de l’artiste. Quantité d’autres créations en tout genre sont à voir à cet institut ainsi que sur les quatre autres sites de la biennale d’art contemporain de Lyon. Alors s’il vous reste quelques jours de libres avant les fêtes de fin d’années, pourquoi ne pas aller en France voisine pour un petit voyage de l’esprit et des sens ?
Virginie Burion
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